2009-2019 : 10 ans au 60 bd de la Villette

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5 questions à Jean-Paul Philippon, architecte, lauréat du concours pour la réhabilitation de l’Énsa-PB lancée en 2002 et livrée en 2009 

Comment avez-vous envisagé la transformation du lycée technique Diderot en une école d’architecture ?

En prolongeant l’expérience de mes projets précédents : le tri, la préservation des espaces et des sols, l’attention aux ambiances, à « l’esprit du lieu », le réemploi, le tissage des liens entre les parties –cheminements et vues-, l’harmonisation de la pluralité des langages.

Selon vous, qu’est-ce que le nouveau bâtiment a apporté à l’Énsa-PB ?

Une culture de la complexité urbaine, une relation dialectique entre l’usage et l’espace, une potentialité de comportements, et, j’espère, peut-être du plaisir…

De quoi êtes-vous le plus fier dans ce projet ?

De l’usage qui en est fait… surtout dans les espaces reliant entre eux les corps de bâtiment : cour plantée et grande galerie.

Quels conseils donneriez-vous à un jeune étudiant en architecture ?

– ne jamais cesser de dessiner à la main et d’écrire ;
– être toujours plus curieux et affûter son regard sur toutes choses ;
– essayer de comprendre quelle est l’essence de la beauté ; 
– découvrir les bonnes proportions ;
– essayer de comprendre pourquoi il y a des lieux où l’on se sent bien ;
– toujours douter des solutions trop faciles ;
– avoir confiance en soi-même et se méfier autant des solutions stéréotypées (des entreprises, des clients, des autres) que des normes… mais savoir les écouter avec humilité ;
– développer sa sensibilité tout en gardant un jugement critique et rationnel ;
– être soi-même et ne pas se laisser envahir par l’esprit du temps et la culture de l’émotion ;
– considérer l’actualité de toutes les architectures du passé ;
– être inventif avec l’existant ;
– se méfier du formalisme ;
– se forger une éthique solide et sur chaque projet une règle du jeu adaptée au contexte ; 
– considérer avec autant de soin la syntaxe que le vocabulaire ;
– user subtilement de l’harmonie et du contraste ;
– considérer les liens de solidarité entre les architectures dans la ville ; entre les parties dans le tout
– respecter les traces du passé et travailler pour l’avenir durable et pérenne de toute chose construite ;
– et ayant gagné en expertise, toujours revendiquer un rôle de conseil, d’anticipateur de problèmes, voire de lanceur d’alerte, auprès des citoyens et de leurs représentants.

Y a-t-il un message que vous souhaiteriez transmettre à l’école à l’occasion de ses 50 ans ?

Les architectes de demain devront encore plus qu’aujourd’hui avoir le souci d’associer la durabilité à l’utilité et à la beauté ; ils devront maîtriser l’art urbain dans des limites finies. Ce sera par les transformations architecturales et urbaines et non par l’extension infinie de l’urbanisation et des formes célibataires que se caractérisera le style de leur temps.