soutenance de thèse de Liwen Xu
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soutenance de thèse de Liwen Xu

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Liwen Xu soutiendra sa thèse de doctorat de l’Université Gustave Eiffel jeudi 29 janvier 2026 à 14h en salle du conseil. Intitulée “La (re)production des héritages sino-thaïlandais en tant que patrimoine ordinaire dans le Bangkok contemporain”, elle a été préparée dans l’unité de recherche IPRAUS / ENSA Paris-Belleville, sous la direction de Nathalie Lancret, directrice de recherche CNRS et Adèle Esposito, chargée de recherche CNRS.

Composition du jury de thèse

  • Nathalie Lancret, directrice de recherche au CNRS, directrice de thèse
  • Adèle Esposito, chargée de recherche, CNRS – UMR Géographie Cités, co-encadrante
  • Marie Gibert, professeure, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, rapportrice
  • Antoine Gournay, professeur, Sorbonne Université, rapporteur 
  • Shuli Wang, chargée de recherche, Institut d’Ethnologie, Académie Sinica, examinatrice
  • Xavier Guillot, professeur, ENSA de Marseille

Résumé

Le centre historique de Bangkok a connu, au cours des dernières décennies, de profondes transformations, façonnées par des projets de réaménagement à grande échelle, l’expansion des réseaux de transport et la hausse des valeurs foncières. Ces changements ont entraîné la démolition de quartiers anciens et le déplacement de communautés. Parallèlement, les débats publics et les mobilisations citoyennes ont attiré l’attention sur la conservation du patrimoine urbain ordinaire, remettant en question les limites des définitions officielles. La prise en compte des héritages locaux et ordinaires a été renforcée par les discours internationaux, qui ont encouragé une compréhension plus large du patrimoine au-delà du seul registre monumental. Dans ce contexte national et international, les communautés locales s’engagent de plus en plus dans des projets liés au patrimoine ordinaire, contribuant ainsi au renouvellement des pratiques de sauvegarde et valorisation. Cette recherche se concentre sur les pratiques et les projets portés par les communautés sino-thaïes, qui ont joué un rôle clé dans l’histoire urbaine et commerciale du centre ancien de Bangkok. Plus particulièrement, les enquêtes se sont concentrées sur le district de Samphanthawong et ses environs et ont concerné des temples chinois, compartiments et quartiers. Au prime des projets et des pratiques patrimoniales tels qu’ils sont menés par les habitants, les associations et les institutions religieuses, ces objets présentent des trajectoires variées — entre préservation, adaptation, réinvention et contestation.

Cette thèse examine comment les héritages sino-thaïs ont été produits et représentés en tant que patrimoine, comment ils ont été sélectivement reconnus ou marginalisés au sein des politiques patrimoniales officielles, et comment les communautés les ont mobilisés en réponse aux pressions exercées par le développement urbain. L’analyse s’articule autour de trois axes de réflexion. Premièrement, le patrimoine sino-thaï occupe une position ambiguë : ni totalement exclu, ni pleinement protégé, il fait l’objet d’une reconnaissance conditionnelle, façonnée par des agendas politiques et économiques. Deuxièmement, les temples chinois révèlent des modes de gestion participatifs reposant sur l’œuvre d’associations religieuses. Enfin, le patrimoine apparaît comme un champ de négociation et d’auto-représentation, dans lequel les communautés sino-thaïes réinvestissent stratégiquement la Chineseness (« sinité ») pour affirmer leur identité, maintenir leur visibilité et résister aux processus de déplacement.

Pour mener cette analyse, la thèse s’appuie sur l’étude de documents historiques, politiques et urbanistiques, ainsi que sur l’observation de pratiques patrimoniales à différentes échelles. En révélant les dimensions à la fois participatives et conflictuelles de la pratique patrimoniale, l’analyse montre que le patrimoine ordinaire se constitue à la fois comme un champ de luttes et comme une ressource à mobiliser. Le patrimoine sino- thaï, avec ses pratiques de conservation, de réhabilitation et ses initiatives culturelles, apparaît ainsi à la fois comme un objet d’étude et un prisme d’analyse pour comprendre les dynamiques plus larges de transformation urbaine, de négociation identitaire et de gouvernance patrimoniale dans le Bangkok contemporain.

Mots-clés : patrimoine sino-thaïlandais, héritages, Bangkok, patrimoine ordinaire, transformation urbaine, participation, identité

Abstract

Bangkok’s old town has undergone profound transformations in recent decades, shaped by large-scale redevelopment, transport expansion, and rising land values. These changes have led to the demolition of historic areas and the displacement of communities. At the same time, public debates and civic mobilizations have drawn attention to the conservation of ordinary urban heritage, questioning the limits of official definitions. This local shift has been reinforced by international discourse, which has encouraged broader understandings of heritage beyond monuments. Within this national and international context, diverse local communities are increasingly engaged in projects related to ordinary heritage, contributing to renewed approaches to heritage practices. Sino-Thai communities, long central to the history and commerce of Bangkok’s old town, provide a distinctive terrain for examining these dynamics. This research focuses on Samphanthawong and the surrounding areas, analyzing heritage practices across multiple scales, including Chinese temples, shophouses, and community-led cultural initiatives undertaken by residents, associations, and religious institutions.

The research examines how Sino-Thai legacies have been historically formed and represented, how they have been selectively recognized or marginalized within official heritage policies, and how communities mobilize them in response to redevelopment pressures. The analysis is oriented towards three areas of reflection. First, Sino-Thai heritage occupies an ambiguous position, neither excluded nor fully protected, but subject to conditional recognition shaped by political and economic agendas. Then, Chinese temples reveal participatory management rooted in associations and self- organized groups, reflecting enduring capacities for mobilization around conservation. Finally, heritage functions as a field of negotiation and self-representation, as Sino-Thai communities strategically reappropriate “Chineseness” to assert identity, maintain visibility, and resist displacement.

To achieve this analysis, the thesis examines historical, policy, and planning documents, as well as heritage practices across multiple scales, ranging from Chinese religious sites, shophouses, and residences to neighborhoods. These objects exhibit different trajectories of heritage development, ranging from preservation and adaptation to reinvention and contestation. By revealing both the participatory and contested dimensions of heritage practice, the analysis shows how ordinary heritage is both a site of struggle and a resource to be mobilized. Sino-Thai heritage, with its attendant practices of conservation, rehabilitation, and cultural initiatives, thus constitutes both an object of study and an analytical lens for examining broader dynamics, including urban transformation, identity negotiation, and the governance of heritage in contemporary Bangkok.

Keywords: Sino-Thai heritage, legacies, Bangkok, ordinary heritage, urban transformation, participation, identity