restaurer les monuments, réactiver les territoires
Du 9 au 30 janvier 2026. Vernissage le jeudi 8 janvier à 18h30.
La présentation s’ouvre sur une exploration parisienne réalisée dans la cadre du studio de conservation-restauration encadrée par l’architecte-en-chef des Monuments Historiques, professeur associé, docteur, Pierre-Antoine Gatier, assisté de Clotilde Breux, architecte DSA Architecture et Patrimoine et doctorante, autour de deux édifices religieux emblématiques : l’église Saint-Sulpice (XVIIe et XVIIIᵉ siècles) et l’église Saint-Jean-Bosco (XXᵉ siècle). Leurs études permettent de questionner l’évolution spatiale, constructive et sociale de ces architectures dans deux espaces urbains typiques de leur époque.
Un second volet est consacré à des bâtiments en région. Cette traversée examine la manière dont le patrimoine, qu’il soit monumental ou plus ordinaire, peut aujourd’hui contribuer à la réactivation des territoires ruraux. Elle met en résonance le fort Saint-André de Villeneuve-lès-Avignon (XIVe siècle), notamment l’ancien bourg installé à l’intérieur du rempart, et le château de Villeneuve-Lembron dans le Puy-de-Dôme (XVe et XVIIe siècles). Cet exercice a été organisé dans le cadre du studio de projet en relation avec le Centre des Monuments Nationaux et la chaire d’enseignement et de recherche PEPs sous la direction de Laurent Alberti, Architecte Urbaniste en chef de l’Etat, et Baptiste Manet (Sapiens Architectes), architecte, DSA Architecture et Patrimoine, lauréat des Albums des Jeunes Architectes et Paysagistes (AJAP) en 2020. Cette présentation est complétée par une série de dessins exécutés lors de la semaine d’enseignement intensif à Mirmande, village perché de la Drôme, consacrée au patrimoine bâti et au paysage, encadrée par Angèle Denoyelle, paysagiste, DSA Architecture et Patrimoine, docteure, et Alain Dervieux, architecte, maitre de conférences, docteur.
L’étude patrimoniale élabore une méthode d’analyse fondée sur un va-et-vient constant entre recherches archivistiques, observations in situ et relevés, afin de saisir les conditions matérielles, humaines et culturelles ayant façonné une ville, une architecture, un paysage. L’espace étudié devient alors relais entre passé, présent et futur, révélant par sa composition, ses qualités constructives et ses usages, la richesse de son évolution et de ses possibles.
Le diagnostic patrimonial constitue ainsi la condition sine qua non pour toute réflexion sur le bâti existant, tant à l’échelle du grand monument que du patrimoine plus ordinaire.
Remerciements : Laurent Alberti, Clotilde Breux, Angèle Denoyelle, Alain et Véronique Dervieux, Pierre-Antoine Gatier, Florence Ibarra, Baptiste Manet Jean Paul Midant
Captation vidéo et préparation de l’exposition : Antoine Basile (Atelier Géminé), architecte, DSA Architecture et Patrimoine, lauréat des Albums des Jeunes Architectes et Paysagistes (AJAP) 2025.
Les étudiantes et étudiants du DSA Architecture et Patrimoine de Belleville, promotion 2024-2026 :
Restaurer un monument : l’église Saint-Sulpice et l’église Saint-Jean-Bosco
L’étude menée au sein du DSA Architecture et Patrimoine de l’ENSA Paris-Belleville propose de croiser les regards sur l’église Saint-Sulpice (VIe arr.) et l’église Saint-Jean-de-Bosco (XXe arr.), deux églises parisiennes qui ont trois siècles d’écart. Cette recherche permet d’interroger la manière dont le patrimoine construit façonne encore aujourd’hui nos outils d’analyse et nos pratiques de projet. À travers des démarches fondées sur Le regroupement et la comparaison des archives, l’observation in situ et le relevé, chaque site devient un terrain d’enquête permettant de comprendre les logiques historiques, constructives et sociales qui ont présidé à son émergence.
L’église Saint-Sulpice
En bordure du jardin du Luxembourg, entre le boulevard Saint-Germain et les ruelles anciennes du centre historique, l’église Saint-Sulpice s’impose dans le paysage urbain du quartier. Construite à partir de 1646 sur l’emplacement d’une ancienne église médiévale et édifiée sur près d’un siècle et demi, elle témoigne de plusieurs phases d’évolution architecturale. Par son ampleur, sa permanence dans le tissu urbain et la richesse de son décor, elle constitue un repère majeur dans l’élaboration de l’architecture classique française. Elle est classée en totalité depuis 1915.
Son histoire pluriséculaire, si l’on compte son évolution jusqu’à nos jours, rythmée par de longues campagnes de travaux, des interruptions, la succession d’architectes et de nombreuses restaurations, questionne la notion d’authenticité dans le temps long et les choix critiques qui accompagnent toute intervention contemporaine sur un monument historique. L’analyse des sources et de la matérialité permet de confronter les hypothèses aux réalités du bâti et d’établir une première base de diagnostic sanitaire, révélant la diversité des enjeux de conservation : notamment la restauration de la pierre armée utilisée aux XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles, la préservation des charpentes, la remise en valeur des décors.
Comprendre un édifice religieux des XVIIᵉ-XVIIIᵉ siècles, c’est saisir bien plus qu’un espace liturgique. L’église accueillait autrefois une multitude d’usages quotidiens et jouait le rôle d’un véritable équipement public. Aujourd’hui centrée principalement sur le culte, la vacance de certains volumes invite à repenser les usages. La réhabilitation des espaces délaissés (anciens logements dans les espaces du massif occidental et sous les combles) pourrait offrir l’opportunité de redonner à l’édifice une diversité fonctionnelle cohérente avec son histoire.
Interroger un grand monument, c’est comprendre simultanément sa spatialité, reflet d’une société et de ses pratiques, et sa technicité, expression d’un savoir-faire, de matériaux et de codes esthétiques propres à une époque. De cette double lecture émergent des valeurs patrimoniales qui constituent le socle de tout projet d’architecture et de conservation.
L’église Saint-Jean-Bosco
Au cœur du populaire XXᵉ arrondissement, l’église Saint-Jean-de-Bosco est l’un des témoins majeurs de l’architecture religieuse de l’entre-deux-guerres à Paris. Édifiée entre 1933 et 1938 dans le cadre des Chantiers du Cardinal, elle est inscrite en totalité (à l’exception de l’église basse et du presbytère) à l’Inventaire des Monuments Historiques en 2001.
Elle se distingue par l’usage affirmé du béton armé et par la cohérence remarquable de son décor intérieur, révélatrice d’un moment de renouveau de l’art sacré. Par son unité stylistique, sa sobriété extérieure et la puissance expressive de ses vitraux et mosaïques, l’édifice témoigne d’une recherche d’harmonie entre architecture, liturgie et modernité.
L’histoire du projet, étroitement liée à l’action de la Pieuse Société de Saint-François de Sales où se regroupent les salésiens de Don Bosco aux ambitions éducatives portées par la paroisse, interroge les conditions d’émergence d’un monument religieux dans le contexte social, technique et spirituel des années 1930. L’analyse des archives, de la matérialité du bâti et de l’observation de terrain permet d’appréhender la logique constructive de l’édifice, fondée sur les potentialités nouvelles du ciment et sur une mise en œuvre rationalisée, tout en révélant les fragilités propres à un patrimoine récent : désordres d’étanchéité, pathologies du béton, altérations des vitraux.
Comprendre un édifice religieux du XXᵉ siècle, c’est saisir à la fois l’expression d’un langage moderne et l’incarnation d’usages communautaires en transformation. L’église, conçue comme un lieu de culte autant que comme un outil pastoral structurant pour le quartier, porte les traces d’une dimension sociale forte que son organisation spatiale met encore en évidence. Les évolutions liturgiques et les besoins contemporains invitent aujourd’hui à questionner la manière d’accompagner ce patrimoine récent, trop longtemps considéré comme secondaire, dans une perspective de conservation et d’adaptation.
De cette compréhension globale (historique, constructive, iconographique et sociale) émergent les valeurs patrimoniales qui fondent un positionnement critique pour toute intervention future. Saint-Jean-Bosco apparaît ainsi comme un terrain privilégié pour réfléchir aux enjeux actuels de préservation et de transmission du patrimoine moderne.
Réactiver les territoires
Afin d’explorer la manière dont conservation et transformation peuvent coexister, cette présentation s’appuie sur trois projets d’architecture menés en région par les étudiantes et étudiants du DSA Architecture et Patrimoine : dans l’ancien bourg du Fort Saint-André à Villeneuve-lès-Avignon, dans l’ancienne basse-cour du château e Villeneuve-Lembron et dans le village de Mirmande,
Situer un monument, comprendre sa morphologie, ses évolutions et ses techniques constructives permet de révéler les capacités d’adaptation d’une architecture, qu’il s’agisse d’un édifice emblématique ou d’un ensemble rural. L’enjeu est alors d’imaginer comment un monument peut s’ouvrir à son environnement, devenir un espace actif et dépasser la seule médiation culturelle ou encore accompagner le développement d’un village souhaitant accueillir de nouveaux habitants.
Par le biais d’une méthodologie combinant étude morphogénétique, diagnostic sanitaire et expérimentations, les projets mettent en évidence la capacité du patrimoine historique à intégrer des usages en constante évolution. En recentrant la réflexion patrimoniale sur les pratiques et les besoins, l’architecture trouve sa place au cœur d’un projet collectif ancré dans son territoire et ouvert aux modes de vie à venir.