« on croit qu’on fait un voyage mais bientôt c’est le voyage qui vous fait, ou vous défait »[1]
Ségovie et la Castille
« Mais, c’est où Ségovie ?
Telle fut une des premières réactions lorsqu’on proposa cette destination de voyage de dessin.
Quelle joie alors de découvrir pareil endroit quand on en ignore tout !
Avec un patrimoine médiéval de première importance, une situation géographique spectaculaire, et l’un des aqueducs Romain (ou plutôt Ibero-Romain) les mieux conservés d’Europe, Cette petite cité castillane est célèbre dans toute la péninsule, moins de notre côté des Pyrénées.
Son patrimoine : un centre médiéval particulièrement bien conservé, dont un ancien quartier de chanoines resté peu changé depuis le 12ème siècle ; un rempart à flanc de coteaux quasiment intact sur tout son périmètre ; un Alcazar comme la proue d’un navire sur le paysage.
Située à plus de mille mètres d’altitude, au pied de la Sierra de Guadarrama, Ségovie s’installe sur un éperon rocheux ceint de vallées abruptes, creusée dans la meseta, les hauts plateaux de cette vieille Castille oubliée. L’ aqueduc jaillit du plateau à quelques encablure pour irrigué la ville, qu en tirait encore son eau jusque dans les années 70.
Contrainte par cette topographie, la ville s’est peu étendue et qu’en certains lieux propices. Aux pieds de l’aqueduc, quelques faubourgs se sont installés hors les murs, faisant cohabiter l’austère architecture castillane avec l’ouvrage monumental. La cité offre une proximité atypique entre son urbanité et les paysages de champs et de pâturages, la Sierra toujours en arrière plan. Au mois d’avril, les conflits de masses d’air chaudes et froides forme une météo instable, orageuse, typiques du printemps espagnol. Les colossaux cumulo-nimbus grandissant dans le lointain participent d’autant plus à un certain sentiment de grandiose, de sublime du paysage.
Cette diversité de situation sur un territoire en apparence restreint en fait un lieu particulièrement fécond pour un voyage de dessin. Les étudiants s’en sont saisi, et ont raconté tout cela mieux que ce discours avec leurs dessins, pleins de finesse et de poésies.
Merci à eux !
Principes et fonctionnement du voyage de dessin
Les voyages font partie des études, particulièrement en architecture. Pour penser l’espace, on se nourrit de visites, de découvertes, et de confrontation avec l’altérité. Mais le voyage de dessin est unique à bien des égard. D’abord par le temps long qu’il propose et que nécessite le dessin, il permet aux étudiant.e.s de comprendre profondément les lieux qu’ils explorent : c’est une occasion particulière de percevoir l’épaisseur d’un territoire.
Les temps du dessin permettent une immersion dans un réel différent du sien . L’exploration, l’installation, la mise en place d’un point de vue, et enfin tout le temps d’élaboration sur les lieux, des heures durant, sont des moment privilégiés ou l’on est plus tout à fait spectateur des lieux mais déjà protagoniste de la vie qui s’y déroule. Aussi une certaine « sédentarité » du voyage, c’est à dire le faite de rester longtemps sur un périmètre relativement restreint, permet d’en explorer les recoins, de voir des lieux sous des aspects différents en fonction des moments de la journées, des variations météorologiques, des usages différents qui peuvent occuper l’espace public.
[1] Nicolas Bouvier, l’usage du monde (1963), La Découverte, Paris, 1985
Commissaire : Charles-Elie Delprat