Solenne Plet Servan et Edouard Fizelier, lauréats du prix 2017 du meilleur PFE et du meilleur mémoire de la maison de l'architecture d'Ile de France:

Publié le 2018-01-19 17:13:40

L’ambition de la Maison de l’architecture en Ile-de-France est de construire des liens solides avec les écoles d’architecture. Elle organise deux prix annuels qui récompensent le travail des étudiants des écoles franciliennes : le prix des meilleurs diplômes et le prix des meilleurs mémoires. Une exposition, une publication et une journée d’études permettront de rendre visible cette production et d’engager des débats sur les questions qui animent les jeunes architectes de demain. Chaque année,  un acteur du monde de l’architecture parraine les étudiants lauréats. L’exposition « Horizons lointains, 13 diplômes 2017 des écoles d’architecture franciliennes » tente de montrer l’engagement, les fulgurances, les doutes, d’une jeune génération d’architectes.

Solenne Plet Servan: Lauréate pour son PFE"La régénération par les sols  -  Réhabiliter un grand ensemble des années soixante en Angleterre, Thamesmead". PFE Blank Page, encadré par François Brugel, Solenn Guevel, Bita Azimi, Patrick De Jean, Marc Dujon.

Le projet s'interroge sur la conservation et la réhabilitation d'un quartier construit dans les années soixante à 15 kilomètres de Londres. Véritable "ville du XXIème siècle" lors de sa construction, Thamesmead affirme un modèle nouveau. Celui de la ville moderne, sociale et identitaire : une ville reconnaissable entre mille et dont la notion d’identité du lieu, et donc celle de ses habitants, est au coeur du projet. En 1967, la ville est alors, théoriquement, une utopie réussie : le lieu parfait, au croisement de la modernité et du pittoresque, pour vivre et regarder grandir ses enfants. Il ne suffira pourtant que d'une vingtaine d'années pour que Thamesmead se vide de ses habitants, transformant l'utopie de départ en véritable dystopie. Marqué par le tournage du célèbre "Orange mécanique" de Stanley Kubrick et de la série Misfits, la ville ne se relèvera pas de sa réputation de “sink estate”. Le prolongement du métro prévu pour 2020 remet toutefois l’avenir du quartier en jeu. Peu intéressé par la valeur des lieux, le promoteur privé prévoit la destruction d’un site, vieux d’à peine quatre-vingt ans. C’est la tabula rasa qui prime. Il s’agit de reconstruire, de toute pièce - une nouvelle fois - des milliers de logements. De nouveau, les populations défavorisées sont repoussées un peu plus loin en périphérie. C’est une autre position que le projet souhaite défendre : celle de l’importance d’un patrimoine historique, architectural, et identitaire, reflet d’une époque et d’un mouvement. Il est primordial de s’interroger sur la façon de poursuivre l’histoire urbaine en prenant en compte cet héritage et ses concepts. Ce ne sont pas des « objets à conserver » qui se dressent sur ce site, mais plutôt un formidable terrain fécond à régénérer. C’est le déjà-là qui devient matière à projet. On propose de repenser la régénération urbaine du quartier à travers le prisme du sol artificiel, l’un des principes fondateur du quartier, le sol artificiel, le projet propose l’intégration de trois équipements de quartiers multi-générationelles qui joue dans leur implantation avec la dalle magistrale située au Nord du site et surplombant un imposant lac artificiel. Le projet propose d’investir cet endroit si particulier du site par un travail d’équipements et d’espaces publics, qui souhaite redonner aux sols leur vocation d’espaces dédiés à la communauté. La dalle, perçue longtemps négativement par les habitants doit alors trouver un nouveau souffle par l’installation de ces programmes. Ces équipements, dont les volumes traversent la dalle, transforment ce non-lieu en un espace de vie.

Edouard Fizelier: Lauréat pour son mémoire réalisé dans le cadre du séminaire "faire de l'histoire", enseignants Françoise Fromonot, Marie-Jeanne Dumont, Mark Deming

High Rise est une étude qui se base sur une fiction pour appréhender une question architecturale celle de la vie dans une tour d’habitation. Le roman I.G.H., écrit par l’auteur de science fiction britannique J.G. Ballard, est utilisé comme un médium, un outil pour appréhender cette typologie architecturale qui s’est développé après guerre en Angleterre, sous l’étiquette du Brutalisme. Le mémoire s’organise autour de concepts élaborés à partir du roman, mis constamment en parallèle avec la réalité culturelle de l’époque et les théories successives sur la tour; du modernisme, au brutalisme en passant par la mégastructure et le manathanisme. Cette recherche retrace tout d'abord l'histoire d'Ernö Goldfinger, architecte polémique mais assez méconnu, et de ses réalisations iconiques, la Balfron et la Trellick Tower, sources d'inspirations du récit. À partir d’expositions majeurs de l’époque, l’étude s’immisce dans la dynamique scène culturelle londonienne des années 1950, pour mieux comprendre la méthode d’écriture expérimentale de l’auteur, figure majeur de la New Wave, mouvement littéraire d’avant garde qui révolutionnera la science fiction. La naissance de cette fiction d’un nouveau genre est concomitante avec l’émergence tonitruante du New Brutalism en Angleterre, née à partir des idées des Smithson et des influences de L’unité d’habitation de Le Corbusier. L'analyse se concentre ensuite sur l'aspect technologique et multi-programmatique de la tour, symbole de l'architecture machiniste; avant de porter sur des questions d'ordre sociologique, sujet majeur du roman. Tout en explorant l'impact de la technologie sur la société, thème cher à l’auteur, le caractère dystopique du roman fait écho à la décadence du brutalisme à la fin des années 1970, et à l’impopularité des tours d’habitation, source de psychoses et de comportements anti sociaux. Cette architecture brutaliste sera par la suite célébrée comme un héritage unique, fragments d’une utopie aujourd’hui adulée. Adapté en 2016 au cinéma, I.G.H. semble se matérialiser 40 ans après sa publication, preuve du caractère visionnaire de l'oeuvre de J.G. Ballard, surnommé l’Oracle de Shepperton.